Moe Suzuki

Asie – Présentée par Marina Amada

 

© Moe Suzuki, Aabuku

À propos de la série

Aabuku est un récit visuel sur la contamination invisible aux PFAS à Okinawa, au Japon, liée aux bases militaires américaines, et sur la défiance qu’elle a engendrée chez les habitants. Mon processus créatif, combine travail de terrain, recherches archivistiques et cartographie mémorielle des terres contaminées, Aabuku orchestre la rencontre entre les preuves et la mémoire collective. Ce sont des scènes familières et pourtant troublantes du quotidien, des paysages inversés qui évoquent des sources suspectées et de petits points dessinés qui illustrent la contamination invisible aux PFAS. Une forme de violence lente, insidieuse, ancrée dans la vie de tous les jours. Après la Seconde Guerre mondiale, Okinawa a été contrainte d’abriter 70 % des bases militaires américaines au Japon. Les enquêtes menées par les autorités, et la mobilisation citoyenne, ont établi que la mousse anti-incendie AFFF employée dans les bases contenait des PFAS à un taux 600 fois supérieur aux normes. De nombreux témoignages font état d’écoulements de mousse avec laquelle les enfants jouaient dans les années 1980. Cette dualité entre la mousse vaporeuse des souvenirs et la réalité de sa toxicité m’a inspiré le nom « Aabuku ». Un mot okinawaïen qui désigne l’aspect bouillonnant de la mousse. La contamination révélée publiquement en 2016 a bouleversé le quotidien des habitants. Si la prise d’eau de la base aérienne de Kadena qui alimentait 450 000 personnes a été immédiatement arrêtée, les niveaux de PFAS dans les rivières, les nappes phréatiques et les sols n’ont montré aucune baisse mesurable depuis. Aabuku dépasse le cadre de la contamination environnementale à Okinawa, il fait écho aux nombreuses communautés qui luttent pour protéger leur santé et l’accès à l’eau.

© Moe Suzuki, Aabuku

© Moe Suzuki, Aabuku

© Moe Suzuki, Aabuku

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© Moe Suzuki, Aabuku

© Moe Suzuki, Aabuku

Quand ma mère, qui vit à Okinawa, m’a confié avoir cessé d’utiliser l’eau du robinet pour cuisiner, à cause de la contamination, j’ai entrepris une enquête visuelle : recueilli les témoignages des personnes qui utilisent cette eau pour manger, cultiver la terre, jouer, prier, apprendre, ainsi que les preuves de cette contamination invisible au PFAS, issues de recherches hydrogéologiques et toxicologiques.

Moe Suzuki

Finaliste 2026

Moe Suzuki Asie

Moe Suzuki (Japon, 1984) a étudié la photographie au London College Communications, University of the Arts à Londres. De retour à Tokyo en 2011, elle apprend la reliure en autodidacte et transforme ses documentaires au long cours en livres reliés à la main. Elle travaille sur l’invisible, l’évolution du quotidien et des paysages dans lequel s’inscrivent les humains d’une communauté, au regard du handicap qu’ils subissent. Dans la série Sokohi, l’artiste relate la perte progressive de la vue de son père. L’ouvrage a été reconnu internationalement comme livre d’art en remportant le prix Luma Rencontres Dummy Book Award 2021.

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Son livre photo SOKOHI, publié par Chose Commune a ensuite été sélectionné parmi les « Livres photo préférés de l’année » 2022 par le MoMA. Suzuki a reçu en 2024, les bourses Fujifilm GFX Challenge Global Grant Award et Arttaca Grant pour son dernier projet Aabuku. Suzuki est exposé à l’international, à Tokyo, à Kyotographie, au Belfast Photo Festival, à Objectifs – Women and Film and Photography Singapour, au Kuala Lumpur Photography Festival.