Wara Vargas Lara
Amérique du Sud– Présentée par Andrea Josch
© Wara Vargas, Silent victims of the gold rush 2023
À propos de la série
Silent victims of the gold rush dénonce les conditions de l’exploitation aurifère en Amazonie, l’un des principaux problèmes environnementaux d’Amérique latine. Les femmes autochtones sont les plus vulnérables, elles manipulent directement le mercure dans des bassines pour laver l’or et le séparer du minerai, sans avoir conscience des graves conséquences pour elles-mêmes et pour les générations futures. Dans la ville de Guanay, dans le bassin amazonien, là où les fleuves Mapiri et Tipuani se rejoignent à La Paz, le paysage est d’un vert saisissant. Avec ses 15 000 habitants, c’est l’un des centres aurifères les plus importants de Bolivie. Ici, la forêt tropicale dominait autrefois tout. Ou plutôt, elle dominait autrefois. Aujourd’hui, à seulement 5 kilomètres de là, la verdure a cédé la place à des engins de chantier, des terres défrichées et des rivières polluées. Les humains détruisent la plus grande forêt tropicale du monde au nom d’un développement effréné. La Bolivie fait pourtant partie des 113 pays signataires de la Convention de Minamata qui interdit l’utilisation du métal lourd dans un cadre minier, dentaire, hospitalier ou cosmétiques, mais ne s’y conforme pas. L’ONU a officiellement critiqué la Bolivie pour son non-respect de la Convention. Selon les statistiques officielles, la Bolivie est le plus grand importateur mondial, en 2020, près de 100 tonnes de mercure ont été déversé dans ses rivières.
Je me suis toujours engagée dans les luttes sociales, d’autant plus ces dernières années, car j’ai le sentiment que nous vivons à une époque où l’image peut être un instrument de changement. Les femmes de la communauté Alacarani sont pleinement touchées par l’extractivisme aurifère. En Amérique latine, sur les territoires autochtones, nous continuons à vivre sous le colonialisme, déguisé en modernité.
Wara Vargas Lara (Bolivie, 1977) vit à La Paz. Diplômée en photographie de l’Institut international de journalisme José Martí, à Cuba et d’origine Quechua, l’artiste poursuit un travail sur son identité et celles qui découlent du métissage, d’un brassage à la fois racial et culturel. Photojournaliste, elle a collaboré au cours des 15 dernières années à de nombreux médias en Bolivie, ses projets visent à renforcer l’identité culturelle des peuples autochtones, à mettre en lumière les savoirs ancestraux des femmes et à soutenir la lutte des communautés touchées par les industries extractives. Elle s’attache également à créer, à travers la photographie, de nouveaux récits visuels qui remettent en question les perspectives coloniales et constituent des outils du changement.
Un engagement doublement hérité de son père, Mario Vargas Cuellar, artiste plasticien bolivien militant et des souvenirs partagés avec sa grand-mère quechua. Son travail documentaire été exposée en Bolivie et présenté dans toute l’Amérique latine, à New York, en Allemagne. Wara Vargas Lara a publié deux livres, Walls That Speak sur la dictature en Bolivie et Makinmanta qui documente la culture Kallawaya des sage-femmes et des grands-mères qui transmettent depuis des générations l’art de la guérison par les plantes et les rituels.